Le communisme, une sécularisation du christianisme

Le christianisme est pris dans son sens antérieur à la Réforme et donc dans sa forme catholique et orthodoxe. Le qualificatif « orthodoxe » vient du grec orthos (droit) et doxa (doctrine). Comme il y a plusieurs familles orthodoxes, il convient de considérer l’orthodoxie russe, la Russie étant le berceau des régimes communistes. La doctrine catholique est fondamentalement la même que celle de l’orthodoxie. La différence essentielle étant la fonction papale. Mais comme le patriarche de Moscou tient une place semblable à celle du pape, on peut dire qu’il n’y a pas de différence entre les deux Eglises par rapport au communisme.

La vision historique du christianisme est eschatologique (du grec eschatos = fin et logos = verbe, discours, science). Cela signifie que les chrétiens attendent le retour du Christ qui rétablira toute justice, autrement dit établira le Règne de Dieu en tout et en tous.

La vision de la dialectique historique du communisme est eschatologique. La lutte des classes, dans l’histoire passée et présente, conduit inéluctablement à la société sans classes. Le socialisme n’est que l’étape intermédiaire vers cette société de paix, d’égalité et de justice.

Le christianisme est universel. Il est destiné à s’adresser à tous les hommes et il concerne toutes les dimensions de l’homme. « Il n’y a plus ni juif, ni grec, ni homme libre ni esclave, ni homme ni femme car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus. » (Galates, 3, 28). Tous les baptisés ne forment donc qu’un seul corps dans le Christ. Universalité et solidarité sont corrélatives. Universalité et mission le sont aussi.

Le communisme est universel, dans ce sens qu’il s’adresse à tous les prolétaires par-delà les frontières nationales. « Prolétaires, unissez-vous ! » Il magnifie la solidarité de classe. Il est expansionniste. Il annonce la « bonne nouvelle » à tous les « damnés de la terre ». Son universalité est cependant partielle car elle exclut les non prolétaires.

L’Eglise est hiérarchique. Elle est gardienne de la doctrine et elle possède les moyens du salut : Ecriture et sacrements. Dans le contexte de chrétienté et avant la découverte du Nouveau Monde, la doctrine commune était « Hors de l’Eglise, pas de salut. » Les hérétiques et schismatiques faisaient l’objet d’une excommunication ; ils étaient exclus de la communauté et de la communion.

Le Parti communiste est le gardien de la doctrine. Il est le seul à pouvoir décider ce qu’est l’orthodoxie communiste. Le partisan qui prône une option différente est exclu du parti. « Hors du parti, pas de salut. » Dès les années 20, la question s’est posée : faut-il exporter la révolution prolétarienne ou faut-il l’implanter d’abord dans la Russie seulement ? Trotski prônait la « révolution permanente » et dans tous les pays. Staline soutenait la révolution dans un seul pays. Staline a fait condamner Trotski comme hérétique en le qualifiant de « léniniste fractionniste ».

L’excommunication est une sanction au for externe qui ne préjuge pas de la situation de l’intéressé devant Dieu. L’excommunié, pour être réintégré dans la communauté, doit manifester du repentir. En Occident, l’exemple le plus célèbre est celui d’Henri IV, empereur germanique, excommunié dans le cadre de la Querelle des Investitures. En janvier 1077, il attendit trois jours devant Canossa, en habit de pénitent dans le froid, avant d’être reçu par le pape Grégoire VII qui le releva de son excommunication.

Le communisme, étant athée et matérialiste, ne différencie pas le for externe et le for interne. Cependant, pour être éventuellement réintégré dans le parti, le communiste dissident doit manifester du repentir. Il ne doit pas seulement être condamné, il doit aussi avouer. Pendant les années 30, lors des grandes purges staliniennes, les bolcheviks mis en accusation (il s’agissait, notamment, de presque tous les membres de la Révolution de 1917 et du premier gouvernement de Lénine) durent reconnaître leurs erreurs. Leurs procès et leurs condamnations furent fondés sur leurs aveux. En fait, malgré leurs aveux, ils ne furent pas réintégrés dans le parti mais exécutés.

Dans l’Eglise primitive, le partage et même la communauté des biens furent adoptés spontanément, comme une conséquence de la fraternité dans le Christ. « Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun » (Actes des Apôtres 2, 44-45). Cet idéal communautaire a été vécu, de tous temps, dans les communautés religieuses, notamment monastiques, ayant fait le vœu de pauvreté.

Le communisme (du latin communis – commun, universel) est, dans son sens théorique initial, l’idéal d’une société sans classes et d’une organisation sociale sans État ni monnaie, où la propriété privée serait abolie, au profit de la communauté des biens matériels et d’une organisation du travail libérée du salariat et du système dominant-dominé. Idéal, ce type de société fut une puissante utopie mobilisatrice.

A l’évangélisation, le christianisme a toujours joint le secours à « l’orphelin, la veuve et l’étranger », qui fait partie intégrante de l’amour de Dieu et du prochain. « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire… » (Matthieu 25). Il a été le promoteur de la culture (intellectuelle et agricole), des hôpitaux et de multiples œuvres caritatives. Imitant le Christ, le chrétien renonce à lui-même pour servir Dieu dans le prochain.

Le communisme, en faisant prendre conscience aux prolétaires de l’injustice qu’ils subissent et en les organisant pour fonder un nouvel ordre social plus juste, les engage dans la lutte des classes. Celle-ci est le passage obligé pour atteindre la paix d’une société juste. Le communiste lutte dans le combat social en risquant sa situation et son bien-être pour que vienne la société sans classe. Il se sacrifie à la cause de ses frères de demain.

La lutte contre l’injustice et la pauvreté a été le point commun le plus immédiat et le plus visible dans la collaboration possible entre communistes et chrétiens. C’est elle qui a justifié la « main tendue » des communistes français aux catholiques, en 1936, et l’alliance des catholiques et des marxistes en Amérique latine dans les années 1960. L’attitude des communistes envers les chrétiens a toujours fait débat chez les communistes… et chez les chrétiens. Lénine dans son livre « Que faire ? » a défini sa stratégie contre les croyants. Il écrivait en substance : il ne faut pas persécuter les chrétiens et combattre directement leur foi ; il faut collaborer avec eux sur des objectifs sociaux précis en leur disant que l’idéologie chrétienne n’avait pas à entrer en ligne de compte ; en agissant ainsi, sans référence à leur foi, les chrétiens se rendront compte que celle-ci est superflue et elle s’éteindra d’elle-même. Staline et les autres dictateurs communistes n’ont pas été fidèles à la pensée léniniste !

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