Dépasser la question de l’Islam et de la modernité

Le thème « Islam et modernité » si souvent usité comporte dans sa dénomination une orientation proprement occidentale : la modernité est celle des lumières, des nouvelles technologies, politiquement de la démocratie. Dès lors, la question n’est pas de cohabiter avec un Islam ayant un autre mode de vie que l’Occident, mais de savoir comment l’Islam peut intégrer le mode de vie occidental.
La lecture d’un article très intéressant du politologue Bertrand Badie m’a questionné sur le rapport entre l’Occident et l’Islam, cette volonté farouche d’arriver à apaiser les tensions actuelles dont l’Occident est responsable entre la colonisation du XIXème siècle et la création de l’état d’Israël qui continue de s’étendre de manière illégale sans que personne ne l’en empêche.

Les pays méditerranéens du Maroc à la Syrie en passant par l’Iran ont subi une domination occidentale au XIXème et/ou au XXème siècle. Dépassés technologiquement, ils n’ont pu se défendre. Cette infériorité engendre une frustration normale quant à l’intégration d’une organisation politique et économique de type occidental.

M. Badie évoque l’histoire des pays islamiques et leurs composantes culturelles parfois très différentes, notamment s’agissant de la Perse qui a conservé certaines spécificités impériales même après la conquête. Il rappelle la culture tribale originale de la religion et son aspect guerrier. Deux éléments qui rendent légitime tout groupe contestant l’autorité politique au nom de l’Islam, car la loi religieuse transcende la loi séculaire.

Ces considérations expliquent l’apparition de mouvements contestataires salafistes en Tunisie, mais pas l’instabilité libyenne reposant sur une guerre civile non religieuse. C’est l’intervention occidentale d’ailleurs qui a permis l’introduction massive d’armes à l’origine de la force actuelle des milices libyennes.

Les conclusions de M. Badie sont inévitablement en faveur d’une consolidation des institutions politiques dans les pays ayant vécu les printemps arabes. Or, ces institutions sont déjà fortement inspirées du mode organisationnel démocratique occidental. Tant que l’Occident continuera bêtement à imposer son mode d’organisation, la guerre continuera et s’amplifiera. D’ailleurs, cet entêtement est d’origine économique : conserver les sources d’approvisionnement de matières premières énergétiques, essentielles pour maintenir une croissance qui s’étiole.

La Tunisie constitue un bon exemple pour être la première à avoir fait son « printemps ». Le parti au pouvoir, Ennahda, est islamiste. Le gouvernement français a tenté de le déstabiliser, notamment à l’occasion de l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd. Cette ingérence fut alors bien entendu doublée d’une désinformation classique, omettant de diffuser un discours édifiant de Moncef Marzouki à Strasbourg.

L’Islam n’a pas de problème avec la « modernité » mais peut-être avec un passé récent de domination occidentale qui se prolonge. Elle est une idéologie au même titre que le libéralisme, le christianisme ou le judaïsme, et elle ne porte pas en elle une volonté de conquête plus forte que le communisme ou le capitalisme qui eux ont réellement conquis le monde au XXème siècle.

Il est normal que les libertés éclosent sur un temps long, celles-ci n’ayant pas forcément la même forme d’un endroit à l’autre de la planète, et il est probable que certaines régions devront encore longtemps être en guerre contre des extrémismes religieux. Mais ce n’est plus à l’Occident d’intervenir, surtout pour des motifs économiques cachés. Chaque fois que l’Occident intervient (i.e. s’ingère), plutôt que de favoriser la paix, il crée les conditions de nouvelles guerres à venir.

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