Rocky IV, miroir de la politique américaine ?

Arte a diffusé il ya des années un reportage, Rocky IV – Le coup de poing américain, qui illustrait remarquablement le lien entre l’industrie hollywoodienne et la politique, autrement dit, le lien entre le rêve américain et la politique. La perspective historique me paraît d’autant plus intéressante que le présent nous offre une scène géopolitique comportant des ressemblances avec celle des années 1970 et 1980.

Rocky : surmonter le doute

La saga Rocky débute en 1976, pendant la présidence de Gerald R. Ford qui a succédé à Nixon suite à l’affaire du Watergate. L’époque est à la digestion de la guerre du Vietnam, le premier revers d’envergure pour les États-Unis. Les conséquences de la crise pétrolière de 1973, qui a suivi l’abandon de la parité or-dollar de 1971, alourdissent le fardeau de la défaite et ajoutent un doute économique.

La légendaire confiance américaine vacille, la nation se cherche un nouvel élan, une renaissance du rêve qui va être symbolisée par le film Rocky. Ce premier opus met en scène un boxeur de seconde zone qui manque grandement de confiance en lui, à l’image de son pays. Avec le concours d’une certaine coïncidence, il en arrive à défier le champion du monde en titre. Même s’il ne gagne pas le combat, il reste debout jusqu’à la fin, ce qui était son objectif, et il trouve l’amour en la personne d’Adrian. Le film récolte 9 nominations aux Oscars et trois statuettes, dont celle du meilleur film.

Rocky IV et la guerre froide

En 1985, Sylvester Stallone écrit lui-même et joue le quatrième épisode de la série. Il met en scène un combat entre Rocky et un boxeur russe stéréotypé : froid, ayant l’aspect d’une machine, s’entraînant avec du matériel de haute technologie et se dopant au stéroïde anabolisant. Rocky s’exerce quant à lui dans la nature. La symbolique est simple mais forte : d’un côté un homme-machine, de l’autre un homme prouvant son humanité par sa symbiose avec la nature.

À la fin du film, Rocky gagne et propose de dépasser l’antagonisme avec l’URSS, il anticipe ainsi de quelques années le réchauffement et la chute du mur de Berlin. Le peuple américain, dans sa majorité, conservera cette image, il demeurera convaincu que leur pays a triomphé des soviétiques à la manière de Rocky, il ne pourra envisager un écroulement intérieur de la Russie, le rôle non négligeable joué par les divertissements importés de l’Ouest et Coca-cola.

Nuançons le propos en tenant compte des deux grands partis politiques états-uniens :  Rocky IV correspond plutôt à la mentalité républicaine, il est d’ailleurs fort apprécié à sa sortie par Ronald Reagan. Ce dernier aime citer des répliques de films tels que Rockyl’inspecteur Harry ou Retour vers le Futur

Qui est le moins humain aujourd’hui ?

Le futur nous ramène au présent qui voit à nouveau les États-Unis et la Russie s’opposer vigoureusement, la testostérone suintant de part et d’autre. Mais cette fois, la déshumanisation est-elle du côté russe ? Vladimir Poutine, en se positionnant comme héros national pour redonner de la fierté au peuple, utilise un registre proche de celui des Américains. Il a donc été diabolisé plutôt que déshumanisé, cette dernière notion convenant plus au communisme.

De leur côté, les Américains se servent de drones et retirent leurs troupes au sol d’Irak et d’Afghanistan. Maîtres des nouvelles technologies, de l’Internet et du Big Data, ils présentent au monde un visage de moins en moins humain. Le transhumanisme plébiscité par Google et la défiance de Facebook vis-à-vis de la vie privée renforcent ce sentiment. Depuis 1985, les choses semblent donc avoir particulièrement évolué : les Russes ne sont peut-être pas proches de la nature, mais les États-Unis non plus. En implosant, l’URSS n’aurait-elle pas contaminé en retour, d’une manière ou d’une autre, les États-Unis, leur ôtant ainsi un peu d’humanité ?

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