Mali : et si c’était faux ?

Les budgets se font en général en milieu d’année pour être validés en fin d’année.
Il nous semble que la France a été placée sous anesthésiant depuis l’entrée en guerre au Mali. Quasiment aucune protestation contre cette intervention. Les intellectuels français ont plutôt pris leur plus beau clavier pour étayer une rhétorique étatique moyenâgeuse. Ces mêmes intellectuels n’étaient-ils pas les premiers à dénoncer lors de l’intervention en Irak ou en Afghanistan l’instrumentalisation de la peur nucléaire et terroriste par l’administration Bush ?

Il y’avait des doutes concernant des motivations officielles de cette guerre. Les terroristes avaient et ont encore de nombreux refuges pour attaquer s’ils le souhaitent la France, en commençant par la France. Cela ne vous questionne pas de constater que des djihadistes français sont découverts au Mali, mais aussi en Syrie ?

Si intervention il devait y avoir, c’était à l’Algérie de la mener, voire de la coordonner, car elle est réellement en première ligne. Or, l’Algérie était contre une intervention, connaissant mieux la situation intérieure malienne et ses conflits ethniques. Elle reprochait d’ailleurs à la France son incursion libyenne responsable d’une fuite d’armes et de combattants vers le Mali.

Si danger il y avait, c’était de voir l’instauration d’un état islamique, mais surtout anti-occidental (la Tunisie, l’Egypte et la Libye sont pro-occidental, cela fait toute la différence) dans une région riche en matières premières. Ce renversement aurait pu entraîner une réaction en chaîne et pénaliser fortement notre approvisionnement énergétique. Le gouvernement français était le mieux placé pour connaître l’ampleur des fuites d’armes s’étant produites en Libye, et donc la dangerosité potentielle des terroristes. Des terroristes sans armes sont tout de suite beaucoup moins effrayants.

Cette explication me paraît bien plus plausible que celle d’un terrorisme menaçant le territoire français, d’autant que les militaires français mènent une guerre secrète, étant les seuls en première ligne, sans militaires maliens ou tchadiens avec eux. Quoi de mieux pour camoufler les conséquences libyennes ? S’agissant de politique internationale, il n’y a pas d’opposition droite-gauche, la grandeur de la France prime.

Cette guerre au Mali a donc plus d’une vertu pour l’armée française : elle permet de faire le nettoyage dans les armes répandues par inadvertance (pourquoi pas les revendre aux rebelles Syriens afin de rentabiliser un peu le déplacement ?), et elle sensibilise la population sur la nécessité de maintenir une armée forte dans un monde toujours aussi menaçant. Sur le fait qu’il y ait des dangers persistants de guerres dans le monde, , mais ils ne concernent pas directement le territoire français.

La France possède une part importante de responsabilité dans l’existence de risques militaires en tant que 4ème exportateur mondial d’armes. L’industrie de la Défense représente un chiffre d’affaires de 17,5 milliards d’euros, employant 165 000 personnes directement en France. En pleines difficultés économiques, amputer le budget militaire serait pénalisant pour une industrie française à la dérive qui cherche un souffle technologique.

Le contexte se prête ainsi parfaitement à la demande d’une rallonge budgétaire par l’armée. Seulement, effectuer cette requête à la fin du premier trimestre alors qu’un début de retrait est annoncé en Avril, la démarche m’apparaît pour le moins suspecte. Bien sûr que dans le contexte militaire et économique actuel, cette rallonge a des chances d’être offerte, mais on pense que c’est une erreur.

La France ne peut se targuer d’être le pays des libertés en intervenant partout dans le monde pour protéger ses intérêts et en participant activement à la création de guerres par la vente massive d’armes. Il y a contradiction. La France n’a pas besoin de plus d’armes et de soldats qu’il ne faut pour se protéger, quitte à générer plus de chômage.

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