Le journalisme de solution a-t-il de l’avenir ?

Tristesse, souffrance et mort constituent le plat principal des informations. À tel point que la plupart des parents ont rebaptisé leur télévision l’écran des lamentations.

Le journaliste Éric Dupin venait présenter  il ya quelques années son dernier livre, Les Défricheurs, qui traite justement d’initiatives diverses sur les plans économique, social et environnemental. Des initiatives de type alternatif. Cependant, M. Dupin se démarque du journalisme de solution :

«Il est vrai que dans l’ensemble les médias sont désespérants. On est actuellement face à un journalisme de peur, qui surtraitre certains sujets. Le terrorisme par exemple, est certes une réalité, mais une réalité dont on parle trop par rapport à la façon dont le problème se pose réellement aux citoyens français. Ce système donne une vision de la réalité excessivement noire. »

Éric Dupin précise que la publicité apparaît comme le seul élément positif contrebalançant des informations négatives. La consommation permet de compenser voire d’éradiquer l’angoisse générée par des nouvelles déprimantes. J’ajouterais que la volonté de consommation engendre un stress supplémentaire car il faut travailler dur pour gagner de l’argent et ensuite consommer. Il s’agit d’un cercle vicieux.*

Diffuser des initiatives, apporter des informations positives et constructives permettrait-il de briser ce cercle vicieux ?  La réponse ne paraît pas évidente. Déjà faudrait-il s’entendre sur ce qui est « positif » et « constructif », ce qui implique le plus souvent des considérations politiques voire morales donnant un sens. De plus, comme l’évoque La Croix :

« “Tout journalisme est orienté sur l’impact qu’il produit”, a rappelé l’invité Asim Haneef, directeur du développement de Bamyan média. De fait, le journalisme positif n’a pas attendu d’avoir une journée [le 20 septembre] pour émerger. Les pages dédiées aux « bonnes nouvelles » existent depuis le XVIe siècle tandis que les premières initiatives dédiées aux informations positives ont vu le jour sous la Grande Guerre. À l’époque, c’est leur assimilation à la propagande qui les décrédibilise auprès du public. Aujourd’hui encore cet engagement résolument « optimiste » pose la question des frontières entre journalisme et communication. Le journaliste peut-il promouvoir les initiatives sans se transformer en agent publicitaire ? Le soutien d’annonceurs, entreprises et organismes privés ne devrait-il pas mettre en garde sur la collusion des intérêts qu’elle pourrait provoquer ? »

Le journalisme de solution peut donc rapidement dériver en propagande ou en campagne marketing. Est-ce une raison pour ne pas le pratiquer ? Beaucoup de journaux affichent une couleur politique et les périodiques économiques ne se privent pas de mettre en avant quantité de solutions. En fait, le journalisme de solution existe déjà dans une large mesure, mais il n’occupe pas le devant de la scène. Il apparaît dans la seconde partie du journal de 20h, il vient après les mauvaises nouvelles, si tant est qu’il vienne.

Enfin, c’est à chaque individu, si tant est qu’il le désire, de comprendre le besoin d’informations négatives ou au contraire, mais cela revient au même, le refus d’entendre les nouvelles déprimantes. C’est en se questionnant sur les causes de ces comportements que l’on peut appréhender le pouvoir, et ainsi commencer à cheminer vers plus de liberté. S’interroger sur le négatif nécessite d’en parler, de l’analyser, de le décrypter…

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