L’écologie, culte de la Terre-Mère ?

Débats sur le réchauffement climatique, loi sur la transition énergétique, accueil en 2015 à Paris de la conférence climat… Marianne honore l’écologie quand bien même les insatisfactions militantes demeurent nombreuses. Ces fortes préoccupations au sujet de l’environnement m’ont questionné : n’y aurait-il pas, au-delà du constat rationnel d’une augmentation des catastrophes naturelles et de la température, l’expression d’un culte ancestral de la Terre-Mère au travers des mouvements écologistes ?  

Repères historiques de l’écologie

Les prémisses de l’écologie surgissent au cours des grandes explorations et des conquêtes coloniales des XVIIIe et XIXe siècles. Jusqu’alors, la Terre ainsi que les êtres vivants qui la peuplaient étaient conçus de manière plutôt statique. Les découvertes de Charles Darwin, diffusées dans son ouvrage sur l’origine des espèces qui paraît en 1859, impulsent une vision évolutive du vivant. Parallèlement, la géologie confère un caractère mouvant aux couches terrestres.

En 1866 le biologiste allemand Ernst Haeckel baptise officiellement la discipline en combinant les termes grecs d’oikos (« maison », « habitat ») et de logos (« science », « connaissance »). En l’occurrence, l’habitat de l’homme, au sens large, est la Terre. L’écologie, dans ses débuts, se cantonne au champ scientifique. Puis une doctrine politique se développe dans les années 1920. Pour différencier les deux domaines, on désigne par écologiste le politique et écologue le scientifique.

Jusque dans les années 1960, l’écologie végète. Elle prend son essor au moment où l’on constate l’impact négatif de l’homme sur la nature. Dans un désormais célèbre discours prononcé le 26 décembre 1966 devant l’Association américaine pour l’avancement des sciences, l’historien médiéviste Lynn White met en cause les racines religieuses judéo-chrétiennes en faisant référence au récit de la création biblique : « Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme. Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre » (Genèse 1 : 27-28). Cette injonction est adressée également à Noé après le Déluge.

L’argument de White fait mouche et il est aujourd’hui encore la pierre angulaire de la critique écologique, voire décroissante, de la société industrielle. A sa suite, on voit fleurir de vives dénonciations comme le fameux rapport Meadows sur les limites de la croissance, mais surtout, d’un point de vue écologique, L’Hypothèse Gaïa de James Lovelock. Dans la mythologie grecque, Gaïa est la déesse de la Terre-Mère, elle enfante Ouranos (le Ciel) sans la moindre intervention mâle. Cette conception est l’inverse de la tradition judéo-chrétienne pour qui la création provient du Père (masculin).

Lovelock choisit délibérément l’image de Gaïa pour symboliser « un système physiologique dynamique qui inclut la biosphère et maintient notre planète depuis plus de trois milliards d’années, en harmonie avec la vie ». Même si l’ouvrage de Lovelock ne fait pas l’unanimité parmi les écologistes dont les courants se sont multipliés depuis les années 1970, il manifeste la volonté d’un renouveau mystique de la Terre-Mère face à une conception anthropocentrique et matérialiste.

La Terre-Mère dans l’histoire des religions